Ce dimanche à Lyon, j'avais décidé de louer un Vélo'v pour longer le Rhône, histoire d'éviter le métro bondé.
Arrivé à la station, pile au moment où les nuages s'écartaient, l'appli a bugué, et j'ai pesté comme si le quai entier m'écoutait.
Le gérant du kiosque, qui voyait défiler des touristes toute la journée, m'a lancé: "Faut relancer, sinon ça mouline", avec ce ton à la fois blasé et bienveillant.
J'ai suivi son conseil; au deuxième essai, le cadenas s'est débloqué en bipant, et le guidon a lâché un soupir métallique.
Comme y avait plus qu'un vélo électrique en état, j'ai hésité à cause de la caution, puis me suis dit qu'avec le vent de face, mieux valait l'assistance.
Selle réglée, sac accroché au panier, je suis parti d'un coup de pédale, étonné de filer si vite que les péniches semblaient immobiles.
À force de me croire invincible, j'ai failli rater une borne où il fallait badger de nouveau, détail qu'on n'imagine pas quand on prend la voiture.
Je me suis arrêté pour respirer, et, tant qu'à faire, j'ai acheté une brioche à la boulangerie qui sentait le beurre jusque sur la piste.
Une averse a surgi sans prévenir; pourtant, bien que trempé, je souriais, parce que la ville paraissait plus proche depuis ce guidon.
Au retour, j'ai rendu le vélo à une autre station, pratique du réseau, et la caution s'est libérée d'un coup, preuve que, parfois, ça marche du premier coup... au deuxième.
En rentrant à pied, je me promettais déjà d'en louer un le soir, quand les façades rosissent et que les Lyonnais, moins pressés, laissent enfin la rivière parler.